Comment se retrouve-t-on à Montluçon à participer à un concours d’élégance automobile au sein de l’hippodrome
municipal durant un pont de l’Ascension?
Tout simplement par goût de rouler...
Répondant favorablement à un ancien collègue travaillant à la promotion de la dite ville, notre cher chef de
meute ne mit pas trop longtemps à nous convaincre quant à l’intérêt de ce périple.
En avant toute ! Direction cette ancienne ville minière du centre de la France !
Acte 1 : L'hippodrome
Le départ vers le sud est donné en ordre dispersé, les deux Healey, la puissante 3000 et la gracile Frog, avancent leur départ d’une journée, la MG fidèle aux habitudes de son pilote part aux
aurores tandis que les 3 créations de Colin Chapman gagnent Montluçon en fin de matinée, assumant un long passage autoroutier.
Nous voici réunis aux portes de l’hippodrome. Nous rencontrons des cyclecaristes, ils toisent étrangement nos
autos, sans doute trop récentes. Charmante entrée en matière. Nous prenons place au coeur de l'hippodrome, entourés de quelques americaines et d'avant-guerre. La journée se passe allongés
sur le pré, profitant d’un soleil de plomb. D'autres la passeront arcboutés sous la fournaise d'un capot.
Nous nous sustentons d’andouillettes/frites et ne perdons pas beaucoup d’euro aux courses. Notre tranquilité est parfois troublée car il faut surveiller le promeneur en short et son enfant à
la glace menaçante. Estimant que les autos trônent ici comme un manège gratuit, ils ne montrent aucun scrupule à y poser leur séant fort peu
délicatement. Ayant fermé à double tours mon Coupé, je suis dispensé de cette surveillance.
Le concours n’est pas exceptionnel, nous trustons l’ensemble des prix post 60’s, il est vrai que nous étions les seuls en lice.
Muni de nos lots en champagne, il est temps de gagner notre Bomotel booké sur le net avec comme premier critère parking couvert et fermé, un hôtel des 70’s,
rose, au surprenant et gigantesque hangar souterrain sans lumière.
Après une soirée égayée par des bulles champenoises et marquée par l'incapacité chronique à prendre une decision
devant un choix de tables pour dîner, nous profitâmes d'un repos mérité. Le lendemain matin, nous quittons sans regrets cette étape pour remonter vers Paris en prenant notre temps, enfin notre
temps pour remonter car les petites routes sinueuses sont elles, avalées voracement.
Avant de gouter de la départementale, nous allons déjeuner dans la vieille ville, beaucoup plus charmante que le
statut d’ex ville minière pouvait le laisser présager. A la suite, nous avons eu le privilège de visiter une casse surprenante, où les autos sont entreposées dans un pré, sans but affirmé si ce
n’est d’accumuler. Rien n’est à vendre à priori et aucune ne foulera plus l’asphalte d’une route. Et ce ne sont pas les avenants Rottweiler qui risquent d’encourager le chaland. Au détour d’un
empilement, nous découvrons une allée de Traction entre lesquelles ont poussé des arbres, plus loin une Corvair à la baie moteur habitée par un pommier et au dessus d’une pile de R5, une
carcasse de Djet. Quelques Jaguar sont à l’abri mais je doute de leur prochain retour à la vie.

Acte 2 - la quête
A force de promenade et de détours, il faut trouver un gîte pour la nuit. La pression monte, nous sommes prêts à
adapter notre itinéraire à la recherche d’une couche. De nombreux conciliabules s'improvisent sur les places des villages traversés. Les cartes sont depliées sur les capots, les guides de relais
de charme dévorés, détaillés, épluchés. Les mobiles sont de sortie, les appels se succèdent, tout est complet, le desespoir nous guette. Combien de km devront nous encore parcourir.
Après moult tentatives, un château est prêt à nous accueillir à quelques dizaines de kilomètres. Nous fonçons, mais il est déjà tard et la question tout aussi cruciale du repas se pose. Nous nous
séparons en deux groupes, l’un chargé de prendre possession des couchages l’autre de préempter une grande tablée.
Ces deux missions seront brillement remplies, même au-delà des espérances s’agissant de la table. Nous avons en effet réussi à persuader un relais de charme d’accueillir une dizaine de convives
pour un improbable 2ème service durant un we de pont.
L’arrivée est tonitruante, les bolides sont bruyamment garés devant la terrasse, en sortent des mâles hirsutes aux mains pleine de cambouis. Il est peu dire que nous ne nous fondons pas dans le
décor bourgeois de ce relais et de ses hôtes apprêtés. Ce n’est pas la commande d’apéritifs anisés en nombre exactement double de celui des convives qui joua en notre faveur. Les épouses
arrivèrent donnant enfin un peu de crédit à notre bande. Le repas allia goût, qualité et quantité comme seules des tables de province en sont capables. Passé minuit, nous quittâmes à regret ce
relais pour gagner notre repère d’une nuit dans une folle chevauchée sur des routes sinueuses. La nuit est claire, il fait chaud et la conduite nocturne est toujours aussi plaisante, elle dégage
une atmosphère particulièrement grisante. Nous arrivons au château, alors que j’allais me diriger vers l’accueil, ma copilote me recommanda de poursuivre dans l’allée entre les chênes, consigne
avait-elle été donnée de cacher nos montures du regard des résidents…mon guide m’incita à m’enfoncer encore plus dans le bois et nous voilà arrivés au milieu de bungalow, plutôt de tipi en bois.
La fatigue nous empêcha de disserter à ce moment sur l’originalité du concept.
Quelle surprise au réveil ! Nous étions en bord d’un joli lac, en lisière de foret. Nous comprenons
rapidement que notre arrivée nocturne fut peu discrète pour l’entourage. A près un copieux petit déjeuner continental il est l’heure de se séparer et de graver ce périple dans nos mémoire au rang
des très bons souvenirs. Certains resteront encore une journée dans la région pour prolonger encore le trip, d’autres fileront vers Paris.
Point d’anecdotes mécaniques savoureuses dans mon récit, je laisse Julien nous faire partager les tracas qu’il
rencontra.